De toutes...un peu

CABANE DE CHASSE

 

 

La cabane de chasse est sans doute avec le bistrot du coin ou les programmes politiques l'un des lieux où l'on ment avec le plus de verve et le moins de remords.

Sans alcootest, ni détecteur de fumée, la cabane a vu "la grande gueule" étendre à coups de braillements et de tapes dans le dos de ses compagnons compatissants et parfois vaguement complices le domaine de son incompétence.

Etalant sans vergogne le récit de ses exploits supposés, il tirait, dégommait, massacrait encore , à dépasser amplement le plan de chasse pour lequel il n'exprimait qu'un respect très....théorique.

Ne sachant profiter du commerce agréable de ses "camarades", il coupait à l'envi leur propos, s'enquerrant parfois,  à la suite, de ce qu'il importerait de faire.

Cependant, "au rapport", il parvenait le plus souvent à fermer sa grande ......., s'empressant à la fin de critiquer le lieu, l'heure et la manière proposés par le responsable du groupe ainsi réuni.

 

Mais la cabane, c'est aussi l'abri apaisant des échanges entre gens de toutes conditions, passionnés par la même folie étrangère au profane et qui arrivant de partout et parfois même d'ailleurs, savent mettre en commun une organisation sans faille, un parler imagé et un respect profond.

 

Cette cabane, c'est l'échange d'une langue à nulle autre pareille, construite au cours des âges, par un vocabulaire passé dans le domaine courant : le passage devient le poste, le sentier..la coulée, le début....une attaque, faire le pied..c'est repérer, lever...c'est débusquer, et tant d'autres expressions au gré des modes de chasse et des gibiers recherchés.

 

Elles sont parfois coquettes, ces cabanes. Certaines peuvent être hideuses mais le dehors compte peu pour ceux qui s'y réchauffent. Seuls, la douceur de l'âtre et le goût des mets qu'on échange importent à ceux qui viennent passer leur journée, loin de tout, à l'écart de la vie, de ses soucis, du travail, de la ville ou de leur solitude.

 

C'est pour cela qu'elle demeure, "la cabane" ,au milieu de la clairière et au bord du chemin. Pour revivre, pour l'éternité, la charge du solitaire ou l'hallali du grand pélerin, quand la nuit est tombée et que le meneur de chiens, privé de table tel le barde d'Astérix, s'époumonne au loin, en haut de la grande combe et dans le froid revenu, à rappeler ses chiens, partis on ne sait où, sur la route que l'on redoute.

 

A moins que le collier-émetteur ou le portable n 'abrègent cette angoissante attente, agrémentée parfois du vol de la hulotte ou du glapissement du renard.