Préface pour l'herbier de Sébastien.

Lorsque Sébastien étudiait en seconde au lycée agricole de Quétigny, on lui avait demandé le témoignage écrit d'un proche afin de rédiger une préface à l'herbier qu'il devait présenter en milieu d'année. Je m'étais donc penché sur l'ouvrage et avais commis ce petit texte "A mon chasseur en herbe", auquel, 25 ans plus tard, je ne retirerais pas même une virgule...

 

                                              A MON CHASSEUR EN HERBE

 

Dans ce monde urbanisé à outrance, il reste aux ruraux le bonheur et la chance de pouvoir transmettre ce que nous tenons de nos anciens : un patrimoine, des paysages, des coutumes, des passions, des valeurs...

La chasse appartient à nos racines, comme la quête sans fin de nos origines les plus animales. Depuis sa plus tendre enfance, j'ai conduit mon fils dans la nature si riche de notre montagne bourguignonne. Je me souviens de sa première rencontre avec un sanglier. Dressé dans son sac à dos(il devait avoir huit mois), il poussait de petits cris d'étonnement qui firent fuir le ragot : ce fut là son premier acte de chasse. Puis vinrent les merveilleuses soirées de Septembre à l'écoute des grands cerfs, blotti sous une couverture. Quelques années plus tard, nous affûtions la sortie des blaireaux aux premiers jours d'Avril. C'était une attente toujours récompensée pour apprendre à l'enfant les vertus de la patience.

Ce furent ensuite la photo, les cabanes, les perchoirs, l'élevage des lapins, l'arrivée de nos chèvres et toujours, au chenil, des chiens pour se confier et découvrir le pouvoir des caresses. Des crécerelles nichaient, la période "Aile brisée" commençait avec les comptages, le baguage, le piégeage, des activités d'adulte et une approche plus scientifique qui, doucement, le menait à la maturité.

 

J'avais enfin l'occasion de louer le droit de chasse dans une forêt domaniale de la région. Jugny allait devenir notre terrain de manoeuvres : aménagements, indices kilométriques d'abondance du chevreuil, agrainage et observation des sangliers, recensement des empreintes, organisation des battues, élagage.....Avec cette vie de plus en plus forestière, l'envie de connaître les arbres surgissait. Eduqué à chercher les traces, à sentir l'odeur du renard ou du cerf, à écouter le chant de la chouette, à distinguer dans les hautes herbes les bois perlés du brocard, mon fils levait la tête et s'intéressait aux plantes. Une marche en Valais en compagnie de Freddy, un grand oncle botaniste, naturaliste et photographe, tissait les dernières mailles. Sébastien était prêt : l'herbier qu'il vous présente allait être un plaisir. Il ne chasserait plus les animaux, cette fois, et ses trophées n'orneraient pas nos murs. Ces rameaux iraient rejoindre dans un classeur les photos tant aimées de nos bêtes et de "nos coins".

Educateur moi-même, je ressens l'immense bonheur de voir l'école poursuivre l'éducation que nous avons donnée ; celle de mon "CHASSEUR EN HERBES"

 

                                            Jean Pierre Dambrun    29 Janvier 1999

Maison forestière de Jugny, avec Séverine.