CHAT PERCHE

la première photo d'Epsylone

EPSYLONE DU COQUELICOT PICARD

Du virtuel ou réel

     

 

Vendredi 10 Octobre 2014

          Je reviens de la chasse derrière la maison où j'ai emmené Aramis pour sa première grande sortie depuis son accident cérébral. Il a bien quêté pendant quelques minutes dans les champs de céréales juste trésies où je cherchais le lièvre mais n'a pas vu le bel oreillard que j'ai manqué en haut de la ferme de notre vétérinaire, plus occupé que j'étais à surveiller mon chien malade qu'à réussir à rouler le mastard déboulant de son gîte. Mis sur la voie fraîche, il n'a pas empaumé comme il le faisait encore l'an passé sur quelques dizaines voire centaines de mètres.

          Se joignent alors les sentiments d'une légitime satisfaction de l'avoir vu revenir à la chasse avec joie, et la déception qui me mine devant un handicap dont je crains fort qu'il ne reste définitif, même si le temps peut encore venir l'atténuer.

          Et s'il avait perdu l'odorat, cette capacité extraordinaire des chiens de chasse, de recherche ou de secours ?

          La question me taraude, m'envahit puis me submerge.

          Au réveil de la sieste quotidienne que m'imposent mes "casseroles pathologiques", je vais comme souvent, ainsi qu'un "traîne'bousson" dans la nature, marcher plus que surfer (je n'aime pas l'eau...!!) sur Internet.

 

        Petit münsterlander ou petit épagneul de münsterlander,  c'est la recherche affichée, que je double d'une précision : "élevages".

 

         Le web, qui a réponse à tout, me propose une longue liste d'affixes inscrits au club de race. C'est généralement une garantie de sérieux et d'honnêteté : je m'engage sans hésitation dans la voie indiquée.

          L'un d'entre eux, "le clos des renards", situé en Belgique attire mon attention et je découvre bientôt un petit texte d'annonce, sans fioritures et  assez lapidaire : on recherche un amateur désireux d'acquérir une chienne adulte de cinq ans que son propriétaire souhaiterait céder pour raisons familiales.

         Les propriétaires du "clos des renards", en fait, ayant accueilli la chienne pour une saillie en 2012, en ont gardé le souvenir attendri et impérissable d'une chienne douce, obéissante et de grande qualité cynégétique. Quand ils ont appris que son maître était dans l'obligation de fermer son élevage et de vendre ses chiens, ils lui ont proposé de se mettre à la recherche d'une personne de confiance, susceptible d'accueillir Epsylone dans les meilleures conditions.

 

          Avec Marie, nous ne souhaitons pas reprendre de nouveau chiot, ni même procéder à un nouveau recrutement. Certes, les cinq chiens que nous entretenons à la maison ne sont plus de la première jeunesse : Ramure, ma dernière teckel éduquée à la recherche au sang porte bien ses quatorze ans passés, Eclipse, la beagle croisée fox, née à Bordes Pillot, revenue d'un AVC et d'une intervention chirurgicale quasi désespérée après un ferme sur sanglier blessé à Villotte sur Ource à dépassé les onze printemps, Vénus, bruno du Jura, achetée à Cussy la Colonne il y a dix ans, Buffy, huit ans, l'autre teckel, reine des terriers et des interventions faciales chez Stefaan, qui ne sort plus qu'en laisse avec Marie (le budget "sutures en tous genres" ayant largement dépassé les prévisions les plus raisonnables) et Aramis, neuf ans, souffrant du handicap que l'on sait.

 

        J'avais envie cependant d'en savoir un peu plus sur cette petite épagneul de münster.

          Cherchais-je par cette opportunité à retrouver Roxane, "ma" Roxane, ma première münster qui avait illuminé douze années de ma vie cynégétique et tant égayé celle de la famille ?

 

 

 

 

Roxane et Aramis en Avril 2012

ROXANE

          Roxane, que nous avions acquise à Corgoloin, fille de Nelson du Clos des Cookies, savait tout faire : l'arrêt, le rapport, le ferme sur sangliers, les abois sur grands cervidés, la menée à voix. Elle pouvait tout prendre et m'avait d'ailleurs tout pris, parfois à mes dépens, comme ce lièvre au gîte en temps de fermeture ou quelques chats sauvages protégés qui n'avaient pas trouvé assez rapidement le tronc d'arbre salvateur, la couleuvre dans le jardin, triturée avec Aramis, la bécasse à l'envol en forêt de Poncey, les trop nombreux chevreuils (pas toujours juvéniles ni blessés) que je dus baguer sans tirer, ce renard sorti d'un tas de branches en FD de Mirebeau, qui ne dut son salut qu'à...la longueur de sa queue, celui moins chanceux de Bouhey, cerné dans un buisson d'épines noires, les perdrix trop tendres que nous lâchions en début de chasse et qui ne survivaient pas au second envol.

          Plus domestiques, les lérots payaient un lourd tribut le soir à l'automne aux affûts de notre patiente prédatrice, sans parler des lézards, dont la sieste estivale se transformait en dernier sommeil sous les assauts de notre Rox. Jusqu'au sanglier qui la muait dans un état d'extrême tension et qu'elle pouvait maitriser, si le "ferme", tenu à distance , en sécurité et dans l'attente du maître, s'éternisait un peu ou si l'animal de chasse montrait une défaillance particulière. Assez souvent même, lorsqu'elle eut enfin l'occasion d'en chasser beaucoup, elle précédait les bêtes noires sur la ligne de tir et je dus l'affubler d'une chasuble couleur fluo pour éviter un tir trop impulsif de mes partenaires.

Roxane devant le keiler tué par mon père aux Epissoires en décembre 2011.

PREMIER CONTACT

          J'appelle donc "le clos des renards" pour obtenir quelques précisions où je suis reçu fort aimablement. Mon interlocutrice me dévoile alors l'historique de cette chienne "Epsylone du coquelicot picard", son pédigree (très flatteur), ses différentes capacités reconnues par plusieurs concours (TAN, BICP...nous en reparlerons) et surtout l'extraordinaire tendresse et fidélité d'Epsylone qu'elle a accueillie en Belgique en 2012 pour une saillie, séjour dont elle garde un souvenir émerveillé.

          Apprenant les difficultés du maître et éleveur d'Epsy et l'obligation qui s'impose à lui de mettre fin à son élevage des "dieux de la chasse", ma correspondante s'est proposée pour mettre en place la recherche d'une personne de confiance qui pourrait accueillir la dernière chienne de l'éleveur et qui saurait prendre en compte ses capacités peu communes.

          Elle me demande donc quelques renseignements sur notre famille, les chiens que nous élevons ou avons élévés, mes pratiques cynégétiques, et toutes les données pouvant valider ma "candidature".

          Je reçois en retour et dans la foulée quelques photos d'Epsylone et d'autres indications écrites.

          Notre échange amical se poursuit  sur le Net : il se trouve que nous sommes tous trois, elle, son mari et moi, conducteurs de chiens de rouge UNUCR, ce qui ne manque pas d'établir des liens...Je reçois bientôt quelques beaux clichés de leurs recherches réussies avec leurs "rouges".

           Cet entretien parait la satisfaire puisqu'elle contacte rapidement le propriétaire de la chienne qui me rappelle peu après.

            Il est d'accord pour la vente qui se fera dans les jours suivants.

 lien pour l'élevage du clos des renards

http://www.duclosdesrenards.be/

 

 

LA RENCONTRE

          Plus rapidement que prévu car le propriétaire peut se libérer le surlendemain , dimanche 12 Octobre. Nous nous retrouverons, ironie du sort, à Châlons en Champagne, à mi-parcours de nos résidences respectives, dans la ville où Sébastien à passé trois années de travail sur la "trame verte et bleue" et qu'il vient de quitter pour la Lozère. Depuis dix jours, il est affecté sur le poste "faune et flore" de la Direction des Territoires, avec la responsabilité, pas forcément aisée, du dossier "loup".

 


 

          Des averses violentes accompagnent notre traversée autoroutière de la Champagne agro-industrielle ( néologisme  funeste qui décrit la campagne champenoise où la seule végétation et les uniques reliefs se réduisent presque, sur des dizaines de kilomètres, aux éoliennes innombrables et aux silos à grains, pyramides des temps modernes dévouées à notre balance commerciale. Seuls quelques boqueteaux, bien trop uniformes, ont été replantés en bordure d'autoroute, qui demeure le seul ruban vert permettant une vie animale.)

          Nous arrivons néanmoins à l'heure, impatients et très curieux de découvrir notre nouvelle recrue.

          Nous l'apercevons bientôt sur la place centrale, au pied de son (encore) maître et de son fils. Epsy, magnifique, calme et digne, porte encore son collier rouge car elle a chassé dans la Somme le matin et la veille. Elle n'est pas attachée et obéit au doigt et à l'oeil, au milieu de la circulation automobile et piétonne du centre-ville.

          Marie me confie bientôt être sous le charme de cette petite femelle qui, déjà, nous demande caresses et affection, un peu comme si elle avait compris que son avenir allait devenir le nôtre.

          Je ne suis pas moins ému que Marie, tant ces premiers instants me paraissent être ceux d'une complicité sans faille.

           Les formalités de transfert accomplies, notre nouvelle "münster" ne se fait aucunement prier pour monter d'un saut de chat dans le coffre de la Yaris ; je m'installe juste devant elle , pour pouvoir la surveiller pendant le voyage. Après quelques kilomètres de câlins, certaine d'être adoptée, elle se repose enfin de ses deux journées mouvementées de chasse et de voiture.

NOUVELLE VIE

          Epsylone ne vivait pas en chenil. La plupart des petits münsterlanders, si proches de leurs maîtres, les accompagnent dans leur vie domestique. Ce fut le cas de Roxane qui vécut avec nous sa dernière année de maladie, lorsqu'après l'exérèse de la tumeur pratiquée par Stefaan, elle lutta à nos côtés contre la progression inexorable de la pathologie qui devait nous conduire à la faire euthanasier, un si triste soir d'automne.

Ces épagneuls poussent la compréhension de nos habitudes, de nos gestes et de notre langage à son paroxysme. Lorsque, lors de ma sieste quotidienne, une hypoglycémie, liée à mon traitement par pompe à insuline "sur mesure", survenait, Roxane, qui ne montait pas à l'étage ordinairement, venait me réveiller; sans doute alertée par les émanations d'alarme que mon état physique dégageait alors.

Cet exemple, parmi tant d'autres, comme la perception des intonations de notre voix, de nos humeurs, montre, je le crois, combien la proximité de chiens dans la famille se révèle déterminante pour notre équilibre, pour l'éducation de nos enfants, pour les efforts qu'ils nous demandent, pour l'engagement que nous avons pris de les accompagner jusqu'au bout de cette vie qu'ils nous consacrent sans calculs ni réticences.


 

Première soirée à la maison.

a suivre.......